Arcs bicolores de la salle de prière de la mosquée-cathédrale de Cordoue

C’est quoi l’islam ? Origines, textes, croyances et grands courants

L’islam est aujourd’hui l’une des religions les plus répandues dans le monde, avec environ 1,8 à 2 milliards de fidèles selon les estimations. Pourtant, pour beaucoup, elle reste méconnue, réduite à quelques images ou à quelques mots entendus sans contexte. Cet article propose un premier tour d’horizon : quand et où l’islam est-il apparu ? Que signifie ce mot ? Sur quels textes repose-t-il ? Quelles sont ses croyances fondamentales ? Et pourquoi parle-t-on de courants différents au sein d’une même religion ? Aucune connaissance préalable n’est nécessaire. L’objectif est simplement de poser des repères clairs, sans simplifier à l’excès et sans prendre parti.

Une naissance au VIIe siècle, dans la péninsule Arabique

Arcs bicolores de la salle de prière de la mosquée-cathédrale de Cordoue
L’islam apparaît au VIIe siècle dans la péninsule Arabique.

L’islam apparaît au début du VIIe siècle de notre ère, dans la région que l’on appelle aujourd’hui l’Arabie Saoudite. La tradition islamique situe le début de la révélation vers 610, dans les environs de La Mecque, une cité commerçante importante de la péninsule Arabique. C’est là que Muhammad ibn Abd Allah, un marchand d’environ quarante ans, reçoit selon la tradition ce qu’il perçoit comme une révélation divine transmise par l’ange Jibrîl (Gabriel).

Les premières années de la prédication se déroulent à La Mecque, dans un contexte de forte résistance de la part des élites locales. Vers 622, Muhammad et ses compagnons migrent vers la ville de Médine. Cet événement, appelé hijra (migration ou exil), est considéré comme si fondateur qu’il marque le point de départ du calendrier islamique. La communauté s’organise alors progressivement en un corps social et politique. Muhammad meurt vers 632, laissant une communauté déjà solidement implantée dans la péninsule.

Ce que signifie le mot « islam »

Calligraphie arabe à l’encre noire sur fond doré, dans un cadre ouvragé
Le mot lui-même se traduit par la remise de soi à Dieu.

Le mot islâm vient d’une racine arabe, s-l-m, que l’on retrouve aussi dans le mot salâm (paix). Il signifie littéralement « abandon », « remise de soi » ou « soumission » à Dieu. Celui ou celle qui pratique l’islam est appelé muslim (musulman), c’est-à-dire « celui qui s’abandonne à Dieu ».

Cette étymologie est importante pour comprendre l’esprit de la religion : l’islam se présente non pas comme une rupture totale avec les traditions monothéistes antérieures, mais comme leur aboutissement. La tradition islamique considère qu’Abraham, Moïse et Jésus étaient eux aussi des prophètes envoyés par le même Dieu unique, appelé Allâh en arabe, mot qui signifie simplement « le Dieu » et qui est utilisé par les arabophones chrétiens et juifs également.

Les textes qui fondent la religion

Zellige multicolore à motif d’étoiles
Deux corpus fondent la religion : le Coran et la sunna.

Deux grandes sources textuelles structurent l’islam.

La première est le Qur’ân (Coran), considéré par les musulmans comme la parole directe de Dieu, telle qu’elle fut révélée à Muhammad et transmise oralement, puis mise par écrit. Le Coran est rédigé en arabe classique et compte 114 chapitres appelés sûra (sourates). Il n’est pas organisé de façon chronologique ni narrative. Chaque sourate porte un nom et est composée de versets appelés âya (signe, verset). Le texte arabe est considéré comme l’original ; les traductions, nombreuses dans toutes les langues du monde, sont perçues comme des interprétations, non comme le Coran lui-même.

La seconde source est la sunna (coutume, pratique), c’est-à-dire l’ensemble des paroles et des actes attribués à Muhammad, transmis sous forme de récits courts appelés hadîth (propos, rapport). Ces récits ont été collectés, triés et évalués selon leur fiabilité par des savants des VIIIe et IXe siècles. Différentes collections font autorité selon les traditions.

Les croyances fondamentales

Dans la présentation la plus courante, héritée de la tradition sunnite, les croyances essentielles de l’islam peuvent être regroupées autour de plusieurs piliers doctrinaux. Il convient de noter que d’autres traditions, notamment chiite, partagent une grande partie de ces croyances tout en y ajoutant des éléments spécifiques.

  • Le monothéisme strict (tawhîd, unicité de Dieu) : Dieu est un, sans associé, sans image, sans égal.
  • Les anges (malâ’ika) : des êtres créés de lumière, messagers et serviteurs de Dieu.
  • Les livres révélés : la Torah, les Psaumes, l’Évangile et le Coran sont reconnus comme révélations divines, le Coran étant considéré comme la dernière et la plus complète.
  • Les prophètes (anbiyâ’) : une longue lignée de messagers, de Adam à Muhammad, considéré comme le « sceau des prophètes ».
  • Le Jour du Jugement (yawm al-qiyâma) : une résurrection et un jugement final de chaque âme.
  • Le destin (qadar) : la conviction que Dieu connaît et a déterminé le cours des choses, sans que cela supprime la responsabilité humaine selon la plupart des théologiens.

À ces croyances s’ajoutent les pratiques rituelles, parfois appelées les cinq piliers de l’islam, qui font l’objet d’un article séparé sur ce site.

Sunnisme, chiisme et autres courants

Dès les premières décennies après la mort de Muhammad, la question de la succession à la tête de la communauté a provoqué des tensions, puis des divisions durables.

Le courant majoritaire, le sunnisme, rassemble selon les estimations environ 85 à 90 % des musulmans dans le monde. Les sunnites reconnaissent la légitimité des quatre premiers califes qui ont succédé à Muhammad. En matière juridique, ils se répartissent en quatre grandes écoles de droit, appelées madhâhib (singulier : madhhab) : hanafite, malikite, shafi’ite et hanbalite. Ces écoles ne s’opposent pas sur les croyances essentielles, mais divergent sur des questions de pratique et d’interprétation.

Le chiisme représente environ 10 à 15 % des musulmans. Les chiites estiment que la direction de la communauté après Muhammad revenait de droit à Ali, son cousin et gendre, et à ses descendants, appelés imâm. Pour le chiisme, ces imams ont une autorité spirituelle particulière, voire une dimension d’infaillibilité doctrinale selon certaines branches. La branche la plus répandue est le chiisme duodécimain, dominant en Iran, en Irak et dans plusieurs autres régions.

D’autres courants existent, comme le soufisme, une tradition mystique présente aussi bien chez les sunnites que chez les chiites, qui met l’accent sur la relation intérieure et l’expérience spirituelle personnelle avec Dieu. Il ne s’agit pas d’une secte à part, mais d’une dimension spirituelle traversant différentes traditions.

Une question personnelle ? Ce site n’y répond pas

Ce site a vocation à informer, non à orienter des choix personnels. Si vous avez des questions relatives à la pratique religieuse, à l’interprétation d’un texte ou à une situation de vie concrète, nous vous invitons à vous adresser à un imam, à une mosquée ou à une institution islamique de confiance dans votre région. Ces interlocuteurs sont les mieux placés pour répondre à des questions à caractère personnel ou religieux.

Questions fréquentes

L’islam est-il une religion récente ?
Non, au sens où ses origines remontent au VIIe siècle de notre ère. En revanche, la tradition islamique elle-même se considère comme l’héritière d’une révélation monothéiste plus ancienne, partagée avec le judaïsme et le christianisme. La nouveauté historique de l’islam date donc d’environ quatorze siècles.

L’arabe est-il la langue de tous les musulmans ?
Non. L’arabe est la langue du Coran et de la prière rituelle, mais la grande majorité des musulmans dans le monde ne parlent pas arabe comme langue maternelle. L’islam est aujourd’hui très présent en Asie du Sud (Pakistan, Bangladesh, Inde), en Asie du Sud-Est (Indonésie, Malaisie), en Afrique subsaharienne et en Turquie, des régions où d’autres langues dominent largement.

Sunnisme et chiisme sont-ils deux religions différentes ?
Non. Sunnites et chiites partagent le Coran, la croyance en Muhammad comme dernier prophète et les grands piliers de la foi. Leurs divergences portent principalement sur la question de la succession après Muhammad et sur certaines pratiques rituelles et doctrines théologiques. Ce sont deux traditions au sein d’une même religion, non deux religions distinctes.

Sources

Montgomery Watt, W. Muhammad : Prophet and Statesman. Oxford University Press, 1961.

Berque, Jacques (trad.). Le Coran : essai de traduction. Sindbad, 1990.

Arkoun, Mohammed. L’islam. Approche critique. Jacques Grancher, 1989 (rééd. 1992).

Mervin, Sabrina. Histoire de l’islam. Fondements et doctrines. Flammarion, coll. « Champs », 2000.

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