La Kaaba au centre de la Grande Mosquée de La Mecque, entourée de pèlerins

Hajj : comment se déroule le pèlerinage à La Mecque, étape par étape ?

Chaque année, vers la fin du calendrier lunaire islamique, plusieurs millions de personnes convergent vers La Mecque, dans l’actuelle Arabie Saoudite, pour accomplir un ensemble de rites connu sous le nom de hajj (pèlerinage). Ce cinquième des cinq piliers de l’islam, tel qu’il est défini dans la tradition sunnite, se déroule sur cinq à six jours selon un enchaînement précis de déplacements, de gestes et de formules prononcées. Pour un observateur extérieur, la complexité apparente du hajj peut sembler déroutante. Cet article propose d’en décrire les grandes étapes dans leur ordre chronologique, en s’appuyant sur la pratique telle qu’elle est majoritairement documentée, sans porter de jugement sur sa valeur spirituelle ni prétendre en fixer l’interprétation définitive.

Le cadre : quand et où se déroule le hajj ?

La Kaaba au centre de la Grande Mosquée de La Mecque, entourée de pèlerins
La Kaaba, monument cubique au cœur de la Grande Mosquée, constitue le point central de tous les déplacements rituels

Le hajj a lieu chaque année durant le mois de Dhu al-Hijja (le mois du pèlerinage), douzième et dernier mois du calendrier hégirien (voir le convertisseur de dates). Comme ce calendrier est purement lunaire, les dates du hajj se décalent d’environ onze jours chaque année par rapport au calendrier grégorien. En trente-trois ans environ, le hajj parcourt ainsi toutes les saisons.

Les rites se concentrent dans et autour de La Mecque, mais plusieurs sites distincts sont impliqués : la Grande Mosquée (al-Masjid al-Haram) qui abrite la Kaaba (construction cubique considérée comme le centre symbolique de la direction de prière), la plaine d’Arafat, le site de Muzdalifa et la ville de Mina, qui se trouvent tous dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres. Les distances sont courtes, mais les déplacements impliquent des millions de personnes simultanément, ce qui en fait l’un des plus grands rassemblements humains réguliers au monde.

L’entrée en état de pèlerinage : le ihram

Avant même d’atteindre La Mecque, le pèlerin franchit une frontière rituelle invisible appelée miqat (point de délimitation). Ces points sont définis selon la direction géographique d’où arrive le pèlerin. C’est là qu’il ou elle entre dans l’état de ihram (état de consécration), qui marque le début officiel du pèlerinage.

L’état de ihram se traduit concrètement par le port d’un vêtement spécifique et l’intention prononcée de commencer le hajj. Pour les hommes, ce vêtement se compose de deux pièces de tissu blanc non cousu, sans couture ni décoration. Pour les femmes, la tenue doit couvrir le corps à l’exception du visage et des mains, bien que les modalités précises varient selon les écoles juridiques. Le blanc est souvent décrit comme une manière d’effacer les distinctions sociales, bien que cette interprétation relève de la lecture symbolique plutôt que d’une règle canonique universelle.

Une fois en état de ihram, certains comportements sont suspendus : la chasse, les relations conjugales, l’utilisation de parfum ou la taille des cheveux et des ongles. Les spécialistes des différentes écoles juridiques (hanafite, malikite, shafiite, hanbalite dans la tradition sunnite) ne s’accordent pas toujours sur les détails de ces interdictions.

À La Mecque : le tawaf et le sa’i

À son arrivée à La Mecque, le pèlerin accomplit le tawaf (circumambulation), c’est-à-dire sept tours effectués autour de la Kaaba dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Ce geste est considéré comme l’un des actes centraux du hajj et se retrouve également dans le cadre de la umra, le petit pèlerinage qui peut être effectué à tout moment de l’année.

Après le tawaf, le pèlerin effectue le sa’i (marche rituelle), qui consiste à parcourir sept fois l’espace entre deux petites éminences, Safa et Marwa, situées à l’intérieur de l’enceinte de la Grande Mosquée. Ce rite est associé dans la tradition islamique à la figure de Hajar (Agar), dont la course entre ces deux collines à la recherche d’eau est commémorée symboliquement.

Le cœur du hajj : Arafat et Muzdalifa

La plaine d’Arafat, près de La Mecque, avec ses collines à l’horizon
La plaine d’Arafat, près de La Mecque, où les pèlerins se rassemblent le neuvième jour du mois de dhou al-hijja.

Le 8 de Dhu al-Hijja, les pèlerins gagnent Mina, où ils passent la nuit. Le lendemain, le 9, est considéré, dans la tradition sunnite, comme le jour le plus important du pèlerinage. Ce jour-là, les pèlerins se rendent dans la plaine d’Arafat, à environ vingt kilomètres à l’est de La Mecque, pour accomplir le wuquf (station ou arrêt). Ils y passent l’après-midi dans un état de recueillement, certains écoutant le sermon prononcé à la mosquée Namira. La plaine est dominée par une colline, le Jabal al-Rahma (mont de la Miséricorde).

À la tombée de la nuit, les pèlerins se déplacent vers Muzdalifa, un espace à mi-chemin entre Arafat et Mina, où ils passent la nuit à la belle étoile. Ils y collectent également de petits cailloux qui seront utilisés lors du rite suivant.

Le hajj est commun aux sunnites et aux chiites, qui l’accomplissent ensemble. Les différences portent sur des points de détail juridique : les juristes chiites duodécimains prévoient par exemple une circumambulation supplémentaire, le tawaf al-nisa.

À Mina : la lapidation et le sacrifice

Vue d’ensemble de la ville de tentes blanches de Mina, près de La Mecque, pendant le hajj
La ville de tentes de Mina, près de La Mecque, où logent les pèlerins pendant le hajj.

À Mina, immense ville de tentes, se déroule le rite de la rami (lapidation). Les pèlerins lancent les cailloux collectés à Muzdalifa sur des piliers (jamarat) qui représentent, selon la tradition, les endroits où le prophète Abraham aurait repoussé la tentation. Le rite se répète sur plusieurs jours.

Le 10 de Dhu al-Hijja coïncide avec la fête de l’Aïd al-Adha (fête du sacrifice), célébrée dans l’ensemble du monde musulman. À Mina, les pèlerins procèdent ou font procéder à l’abattage rituel d’un animal, commémorant le sacrifice d’Abraham. Aujourd’hui, de nombreux pèlerins délèguent ce geste à des organismes agréés, en raison de la logistique que représente l’abattage d’un très grand nombre d’animaux en quelques jours.

Après la lapidation et le sacrifice, les hommes rasent ou coupent leurs cheveux, les femmes coupent une petite mèche : c’est le signe partiel de la sortie de l’état de ihram, même si certaines interdictions subsistent jusqu’au tawaf final.

Le retour à La Mecque et la clôture du hajj

Les pèlerins regagnent ensuite La Mecque pour un second tawaf, le tawaf al-ifada (circumambulation du retour d’Arafat), qui marque la sortie complète de l’état de ihram. Ils retournent à Mina pour les dernières journées de lapidation, du 11 au 12 ou au 13 du mois. Avant de quitter La Mecque, un dernier tawaf, le tawaf al-wada (circumambulation d’adieu), clôt le pèlerinage.

Le titre honorifique de hajji (pour un homme) ou hajja (pour une femme) est communément attribué à ceux qui ont accompli le pèlerinage, bien que cette pratique soit davantage culturelle que prescrite par les textes fondateurs.

Une question personnelle ? Ce site n’y répond pas

Cet article décrit le déroulement général du hajj ; il n’est ni un guide de pratique ni un avis religieux. Les questions personnelles (conditions, cas particuliers, organisation d’un départ) relèvent d’autres interlocuteurs que ce site : un imam ou une institution près de chez vous.

Questions fréquentes sur le hajj

Le hajj est-il obligatoire pour tous les musulmans ?
Dans la tradition sunnite, le hajj est considéré comme obligatoire une fois dans la vie pour tout musulman adulte disposant des moyens financiers et physiques suffisants. La tradition chiite partage globalement cette position, avec quelques nuances sur les conditions d’application. Les critères exacts varient selon les écoles juridiques.

Quelle est la différence entre le hajj et la umra ?
La umra est un pèlerinage dit mineur qui peut être accompli à n’importe quel moment de l’année. Elle comprend certains rites communs au hajj, notamment le tawaf et le sa’i, mais elle est plus courte et ne comporte pas la station à Arafat ni les journées à Mina. Dans la tradition sunnite, la umra n’est pas considérée comme un pilier de l’islam, contrairement au hajj.

Combien de personnes accomplissent le hajj chaque année ?
Selon les estimations des autorités saoudiennes et des observateurs internationaux, le nombre de pèlerins se situait, avant les restrictions sanitaires des années 2020 et 2021, aux alentours de deux à trois millions par an. Les autorités saoudiennes régulent les quotas par pays pour des raisons logistiques et de sécurité.

Sources

  • F. E. Peters, The Hajj: The Muslim Pilgrimage to Mecca and the Holy Places, Princeton University Press, 1994.
  • Arent Jan Wensinck, Jacques Jomier et Bernard Lewis, « Ḥadjdj », Encyclopédie de l’Islam, 2e éd., Brill, Leyde, 1960-2005.
  • Robert R. Bianchi, Guests of God: Pilgrimage and Politics in the Islamic World, Oxford University Press, 2004.
  • Sabrina Mervin, Histoire de l’islam. Fondements et doctrines, Flammarion, 2000.

Crédits images : ville de tentes de Mina — Omar Chatriwala / Al Jazeera English, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.

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