Feuillet de Coran ancien en écriture coufique (Metropolitan Museum of Art)

Charia, imam, jihad, sunna : que veulent dire ces mots ?

Vous lisez un article, vous regardez un documentaire, vous discutez avec des collègues, et les mêmes mots reviennent sans qu’on prenne le temps de les expliquer : jihad, charia, imam, sunnah. Ces termes arabes circulent partout, souvent mal compris, parfois réduits à une seule de leurs dimensions. Cette page pose des définitions courtes et sourcées, accessibles sans aucun prérequis. Vous trouverez ici une sélection de termes que vous croiserez fréquemment dès que vous commencerez à vous intéresser à la civilisation islamique, à son histoire ou à ses pratiques. Chaque mot est replacé dans son contexte, avec ses différentes lectures lorsqu’elles existent.

Les termes fondamentaux de la foi

Feuillet de Coran ancien en écriture coufique (Metropolitan Museum of Art)
Quatre mots passés en français sans que leur sens d’origine soit toujours connu.

Allah (Dieu) est le mot arabe pour « Dieu ». Il est attesté avant l’islam et reste employé aujourd’hui par les chrétiens et les juifs arabophones. Ce n’est donc pas un nom propre réservé à l’islam, mais le mot courant de la langue arabe.

Islam (soumission, abandon à Dieu) est le nom de la religion elle-même. La racine arabe s-l-m est commune aux mots désignant la paix (salam) et la soumission volontaire. Un muslim, en français musulman, est donc littéralement « celui qui se soumet à Dieu ».

Le Coran (du mot qur’an, soit « récitation ») est le texte sacré de l’islam. Pour les musulmans, il contient la parole de Dieu telle qu’elle fut révélée au prophète Muhammad au cours du VIIe siècle de notre ère. Le texte fut mis par écrit et compilé en volume sous le calife Uthman, selon la tradition sunnite, quelques décennies après la mort du prophète. La sunnah (chemin, manière d’agir) désigne quant à elle l’ensemble des actes, paroles et approbations attribués au prophète Muhammad, transmis par les hadiths (traditions rapportées). Ces deux sources, Coran et hadiths, forment ensemble la base textuelle de l’islam.

Les mots de la pratique rituelle

Arcs bicolores de la salle de prière de la mosquée-cathédrale de Cordoue
Le vocabulaire de la pratique désigne des gestes précis, pas des principes abstraits.

Les cinq piliers de l’islam structurent la vie religieuse d’un croyant. Plusieurs termes s’y rattachent directement.

La shahada (attestation, témoignage) est la profession de foi : « Il n’y a de dieu qu’Allah et Muhammad est Son messager. » C’est le premier pilier. La salat (prière rituelle) désigne les cinq prières quotidiennes accomplies à des horaires précis. Elle diffère de la simple prière personnelle (du’a, supplication), qui peut être dite librement en toutes circonstances.

Le ramadan est le neuvième mois du calendrier lunaire islamique. Durant ce mois, les musulmans pratiquent le sawm (jeûne), s’abstenant de manger, boire et fumer du lever au coucher du soleil. La zakat (purification, aumône obligatoire) est une contribution financière annuelle calculée sur la base des biens possédés, versée en faveur des plus démunis. Enfin, le hajj (pèlerinage) est le grand pèlerinage à La Mecque, en Arabie Saoudite, que tout musulman en capacité physique et financière est invité à accomplir au moins une fois dans sa vie.

Autorité, droit et gouvernance

Panneau sculpté à motif d’étoiles et de polygones entrelacés
Les termes juridiques recouvrent des réalités très différentes selon les époques.

La charia (chemin, voie tracée) est un terme dont le sens varie beaucoup selon les usages. Elle désigne l’ensemble des prescriptions morales et juridiques tirées du Coran et de la sunnah. Ce n’est pas un code pénal unifié : c’est un vaste corpus interprétatif, élaboré au fil des siècles par des juristes, et qui varie selon les écoles de droit (madhab). Il existe quatre grandes écoles juridiques dans le sunnisme (hanafite, malikite, chaféite, hanbalite), et une tradition juridique distincte dans le chiisme (principalement l’école jafarite). Ces écoles divergent parfois notablement sur des questions pratiques.

Un imam (celui qui est devant) est, dans le sens le plus courant et sunnite du terme, la personne qui dirige la prière collective. Le terme peut aussi désigner le responsable d’une mosquée ou un savant religieux reconnu. Dans la tradition chiite, le mot imam prend une dimension bien plus importante : il désigne un chef spirituel et politique issu de la lignée du prophète, doté d’une autorité particulière. Cette différence de sens est fondamentale pour comprendre les deux traditions.

Le calife (successeur, représentant) désigne historiquement le dirigeant politique de la communauté musulmane après la mort du prophète. La question de la légitimité de cette succession est précisément ce qui a conduit à la division entre sunnisme et chiisme au VIIe siècle.

Des termes souvent mal interprétés

Le mot jihad (effort, lutte) signifie littéralement « effort ». Dans les traités de droit classiques, il désigne surtout le combat armé, encadré par des règles précises sur qui peut le déclarer et comment le mener. Une tradition, rapportée par un hadith dont l’authenticité est discutée, distingue un « grand jihad », l’effort sur soi-même, et un « petit jihad », le combat. Les deux sens coexistent aujourd’hui et sont mis en avant de façon très différente selon les courants et les époques.

Le terme fatwa (avis juridique) désigne un avis rendu par un juriste qualifié (mufti) sur une question religieuse ou légale. Elle peut porter sur des sujets aussi variés que la licéité d’un aliment, les modalités d’un contrat ou la validité d’une prière dans certaines circonstances. Une fatwa n’est pas contraignante universellement : elle engage l’opinion de son auteur, pas l’ensemble du monde musulman.

Le hijab (voile, rideau, séparation) désigne dans son sens le plus courant le foulard porté par certaines femmes musulmanes pour couvrir les cheveux. Dans son sens coranique originel, le terme désigne plus généralement le principe de séparation et de modestie. Les pratiques vestimentaires varient considérablement d’une région, d’une famille et d’une interprétation à l’autre.

La mosquée et ses espaces

La masjid (lieu de prosternation), en français mosquée, est le lieu de prière collectif. Les grandes mosquées (jami) accueillent notamment la prière du vendredi (jumu’ah). À l’intérieur, on trouve généralement le minbar (chaire), depuis lequel est prononcé le sermon du vendredi (khutbah), et la qibla, l’orientation de prière en direction de La Mecque, matérialisée par une niche appelée mihrab. Le minaret, tour caractéristique de nombreuses mosquées, sert à lancer l’adhan (appel à la prière), entonné par le muezzin.

Une question personnelle ? Ce site n’y répond pas

Ce glossaire décrit le sens des mots ; il n’oriente pas les pratiques et n’émet aucun avis religieux. Les questions personnelles sur la pratique, l’interprétation d’un texte ou une situation concrète relèvent d’autres interlocuteurs que ce site.

Questions fréquentes

Pourquoi tant de mots arabes dans l’islam, même pour des pays non arabophones ?
Le Coran étant rédigé en arabe classique, cette langue a acquis un statut liturgique universel dans l’islam, un rôle comparable à celui du latin dans l’Europe médiévale. Les termes religieux fondamentaux sont donc transmis en arabe dans la quasi-totalité des communautés musulmanes, quelle que soit leur langue maternelle. Beaucoup de ces mots ont d’ailleurs voyagé jusqu’au français : voir les mots français venus de l’arabe.

Sunnisme et chiisme utilisent-ils les mêmes termes ?
En grande partie oui, mais certains mots ont des sens sensiblement différents selon la tradition. Le terme imam en est l’exemple le plus frappant, comme indiqué plus haut. Il vaut toujours mieux préciser dans quel contexte un terme est employé.

Est-ce que tous les musulmans s’accordent sur le sens de ces mots ?
Non. L’islam, comme toute grande tradition religieuse, abrite une diversité considérable d’interprétations, d’écoles de pensée et de pratiques régionales. Les définitions proposées ici reflètent des sens majoritairement reconnus, mais elles ne doivent pas être lues comme universellement et définitivement fixées.

Sources

Malek Chebel, Dictionnaire des symboles musulmans, Albin Michel, 1995.

Jacqueline Chabbi, Les trois piliers de l’islam, Seuil, 2016.

John L. Esposito (dir.), The Oxford Dictionary of Islam, Oxford University Press, 2003.

Dominique et Janine Sourdel, Dictionnaire historique de l’islam, Presses Universitaires de France, 1996.

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